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Projets de photographie plus personnels et artistiques

Une tempête brève et fulgurante s’est abattue sur Québec il y a quelques semaines. J’étais au Château Frontenac en train de shooter un mariage. Tout a changé si vite et si violemment que je me suis imaginé l’espace d’un instant que ça y était, le climat avait basculé, tout allait s’écrouler. Quelqu’un traîne aussi ce fantasme de fin du monde? On la craint autant qu’on la désire. Curiosité morbide ou bien seulement un goût profond de changement? Ou bien un symptôme d’ennui profond? :) Qui sait. Ou devrais-je dire changement de monde plutôt que fin.

J’aime m’imaginer les hommes abandonnant leur solitude, leurs écrans, leurs mono-vies, parce qu’ils n’auraient pas le choix de se réunir, en clans, en tribus, en communauté, pour survivre. Et souvent, ça ne prend rien moins qu’un cataclysme pour que ça arrive, non?

Claude, un de mes grands amis habitant depuis quelques années le Yukon, m’a dit cette belle vérité par l’entremise d’un message vidéo filmé du haut d’une montagne. Son sourire et le paysage derrière ne faisaient qu’un. Je suis allé goûter à un bout d’espace moi-aussi le temps d’une journée et d’une nuit à Kamouraska, comme à tous les automnes.

Enfin un peu de temps libre pour regarder les photos prises en voyage. Voici mes préférées. Si vous chercher un coin magnifique et tranquille, de grands espaces, l’océan, et des gens très gentil, allez dans les maritimes.

At last, some spare time to check out the pictures I shot during my trip this summer. Here are my favorites. If you are looking for a beautiful and quiet place, wide open spaces, the ocean and nice people, go in the eastern provinces.

On l’appelle le bel âge. Je me demande franchement d’où vient cette expression. Évidemment c’est possible de bien vieillir, mais quand même, devenir vieux n’est sûrement pas une partie de plaisir. On fait graduellement le deuil de tout, qu’on le veuille ou non. Notre vigueur, notre santé, notre adresse, nos proches, notre indépendance, notre beauté, nos amours, jusqu’au coup de gong final, notre vie. Pourtant, je peux m’imaginer parfois ce que “bel âge” pourrait signifier.

L’homme sur la photo était à un mariage que j’ai photographié. C’était le grand-père du marié. Durant une bonne partie de la soirée, il était simplement installé sur un banc un peu à l’écart et observait la foule en silence. Sa mobilité réduite et son âge l’obligeaient manifestement à rester ainsi. De temps en temps, quelques personnes venaient lui faire la conversation. Il était en parfait contraste avec les autres invités autour de lui qui s’activaient tous à boire, à manger et à discuter, comme le veux bien sûr la nature de l’événement.

Il y a quelque chose de beau dans ces hommes et ces femmes qui flétrissent. Une sorte de beauté qui touche profondément, parce qu’elle est humaine. Elle traduit ce qu’on pourrait appeler une grande vérité dans cet univers, que rien n’est éternel, que toutes les choses naissent et meurent, et que c’est bien ainsi. C’est le genre de beauté qui ouvre le coeur et qui rend ce dernier infiniment tendre et vulnérable. Cette même beauté qu’on perçoit par exemple lorsqu’on regarde un nouveau-né, un animal blessé ou un infirme. Je ne crois pas que ce soit de la pitié.

L’autre jour, j’étais arrêté à un feu rouge, et un homme avec une marchette traversait la rue d’un pas saccadé et difforme. Je l’observais traverser la rue, chaque pas lui demandant un grand effort, tout à fait digne malgré son corps ingrat, vivant son quotidien comme n’importe qui, tout simplement parce qu’il n’a pas le choix. Je ressentais cette incroyable chance d’avoir un corps en santé, et surtout la malchance de cet homme, son courage, sa volonté de vivre malgré tout. Et puis j’ai senti quelque chose en moi fondre, s’attendrir, échapper tout à coup au manège des pensées qui m’isole et m’empêche de voir et d’entendre pour vrai. Je n’avais pas pitié de cet homme. Je le trouvais fort, beau, touchant. Ça n’a rien à voir avec qui il était, plutôt avec ce qu’il représentait. Simplement, un amour qui fait tomber toutes frontières entre soi et les autres, qui nous connecte, quoi.

Le bouddhisme tibétain appelle bodhichitta cette région en nous qui nous fait voir les choses telles qu’elles sont et qui nous permet de voir au-delà du voile de la séparation, de constater que toute chose n’est qu’une. Réaliser qu’il ne sert à rien de s’accrocher aux choses et de constamment chercher une terre ferme sous nos pied, car rien de tout cela n’est là pour durer, nous inclus.

Les vieux sont sans doute tous de grands professeurs.

«C’est  mieux de se conquérir soi-même que de gagner milles combats. Alors la victoire t’appartient. Personne ne peut te l’enlever, ni les anges ni les démons, le paradis ou l’enfer. [...] Ne crois en rien, n’importe l’endroit où tu l’as lu, celui qui te l’a dit, n’importe si je l’ai dit, à moins que ce soit en accord avec ta propre raison et ton propre bon sens.»

Bouddha

“It is better to conquer yourself than to win a thousand battles. Then the victory is yours. It cannot be taken from you, not by angels or by demons, heaven or hell. [...] Believe nothing, no matter where you read it, or who said it, no matter if I have said it, unless it agrees with your own reason and your own common sense.”

Buddha.

Décidément, la rue St-Joseph nous en fait voir de toutes les couleurs. Bien sûr, le Mail St-Roch, dans sa lumière grise-verte et ses odeurs de clopes et de béton mouillé, savait se défendre dans la catégorie des lieux étranges. Depuis la renaissance dite du Nouvo St-Roch, on pourrait croire que tout est revenu à la normale, et que le facelift de la rue St-Joseph l’a fait revenir au rang des “belles rues piétonnes” sans substances typiques de Québec, à la manière de toutes les pitounes refaites du monde entier qui finissent toutes par se ressembler (message). (C’est un peu vrai. En ce qui me concerne, la partie la plus intéressante de cette rue, et de la ville entière tant qu’on y est, reste bien celle entre la rue Caron et Dorchester. C’est là qu’on y vit, qu’on y voit et qu’on y entend le plus de choses.)

Pourtant, à chaque fois que je marche sous le nouvo ciel de l’ex-Mail, j’ai l’impression d’être encore plus déstabilisé qu’avant. On parle souvent du “fossé” qui sépare les riches des pauvres. Eh bien sur cette rue, ce fossé n’est plus seulement qu’une image mais quelque chose de très tangible et d’observable. Ce fossé, c’est la brique et l’asphalte qui séparent d’un côté des Christian Dior, Balthazar, Largo et compagnie et de l’autre, les… comment les appeler? Les bums de St-Roch, c’est-à-dire ceux qui n’ont rien d’autre à faire de leurs heures justement que de bummer sur la parvis de l’Église St-Roch, dans son sous-sol, ou ailleurs, faute d’argent, faute d’avoir anyway autre chose à faire de plus constructif ou juste parce que c’est ce qu’ils ont toujours fait. Ok, je sais que je ne suis pas le premier à en parler. Je pense que je suis le 23 435ième si j’ai bien vérifié sur Google.

La double-personnalité de la Rue St-Joseph m’a sauté au visage lorsque durant une promenade sans but, je suis tombé sur une voiture de 170 000$ stationnée en face des bums. (j’ai vérifié, une Audi RS6, et je sais de quoi je parle, les voitures me passionnent, eh oui je suis un être sensible et doux, j’aime me croire anti-conformiste et je constate l’échec du matériel, mais je trippe sur les chars, allez savoir). Quand même incroyable. Je n’arrive pas à concevoir comment un mec peut avoir assez d’argent pour en mettre autant sur un char. Le prix d’une maison. Ce gars-là a une vie déjà tellement loin de la mienne, imaginez à quel point elle est loin de celles des bums. Tous des humains, tous pareils tout nus, et pourtant, baignant dans des réalités aussi lointaines que, mettons, la Terre l’est de Mars (quand même, quelle belle illustration, 2 morceaux de robots pour moi). Sérieux, c’est une autre réalité. Comme celle des bums paumés/drogués/quêteux de l’autre côté de la rue d’ailleurs, leur réalité est tellement loin de la mienne aussi. Ayoye me dis-je, je suis vraiment dans la classe moyenne. Mais, me dis-je, si le fossé s’élargit de plus en plus entre les bums et les chauffeurs d’Audi, qu’est-ce qui se passe avec ceux au milieu? Ils marchent tout droit, mettent des oeillères, marchent pour la liberté d’expression, prennent soin de leur carré de gazon et écoutent Star Académie? Shit. Mais c’est pas moi non plus ça! Je suis où merde?

Est-ce un phénomène de transition? On dit que les pauvres sont de plus en plus repoussés vers St-Sauveur. Moi j’aimerais que ça demeure comme ça. La rue St-Joseph je veux dire. Elle reste malgré toute son étrangeté un véritable coeur palpitant dans la petite ville de Québec. À chaque fois que je sors de chez-moi en soif de nouvelles rencontres et de choses à voir, c’est là que je me dirige en premier. Et faisant partie de la classe moyenne, sans savoir où je vais, j’ai quand même la liberté de faire ce que je veux. Je peux aller bummer à la Bibliothèque Gabrielle-Roy et lire une couple de bédés si le coeur m’en dit, et le lendemain, bruncher au Clocher Penché et me la péter comme il faut. Je peux jouer au aki sur le parvis de l’Église St-Roch, et ensuite en revenant à la maison, faire mine d’essuyer une tache sur une Audi pour (me) faire croire que c’est mon char.

Y faut quand même qu’il y ait des avantages à pas pouvoir se brancher dans la vie.

Voici la série “BLEU SECRET” que j’ai exposées sur la rue St-Joseph dans le cadre du Carrefour International de Théâtre de Québec. Elles se sont retrouvées dans la vitrine de la Casbah sur la rue St-Joseph, dans la section Noctambleu du parcours Où vas-tu quand tu dors en marchant.

Un break bien mérité à la Gran Voile de Kamouraska. Grands vents, silences, espaces, thé et lecture. La plupart du temps les pieds dans les pantouffles dans le solarium vue sur le fleuve. Sinon, promenades sur la grève ou dans les bois. Je n’ai pratiquement pas touché à l’appareil photo, sauf un soir après le coucher de soleil. J’ai planté mon trépied dans la boue fraîche d’une marée basse et j’ai pris quelques paysage en écoutant du Sigur Ros. Bref, le bonheur. :)

A well deserved break at La Gran Voile in Kamouraska. Huge winds, silences, spaces, tea, books. Feets tucked in slippers most of the time in a solarium with a view on the St-Lawrence River. Or nice walks on the shore or in the woods. I almost never used my camera, except on one evening, after sunset. I planted my tripod in the fresh mud left there by the tides and I shot a few landscapes, listening to Sigur Ros. In short, happiness. :)

Je l’avoue, je suis un fan de cette tendance. Je l’ai découverte dans mes débuts minimaliste et elle se retrouve maintenant fréquemment dans mes compositions. Je parle du negative space (à défaut d’un terme exact en français, quelqu’un peut m’aider? “Espace négatif” sonne un peu étrange), qui consiste à laisser une très large surface de la composition complètement vide et libre de tout détail. Il en résulte une image où le “vide” devient pratiquement le sujet principal. Il peut en ressortir beaucoup de choses, comme l’isolement, mais aussi l’onirique, l’imaginaire, quelque chose qui est là tout en étant invisible. Une photo devient doublement intéressante lorsqu’elle nous fait voyager au-delà de son cadre.

I love using negative space. I began using this composition style when I was into minimalism photography. If you’re not familiar with it (I’ll try my best to describe it in english), using negative space means leaving most of the photography empty, but not completely. This negative space becomes the main subject of your composition, and at the same time, it puts a lot of emphasis of what’s actually on the picture. This can make an otherwise very ordinary picture become very powerful and meaningful. A lot of things can be felt from negative space, like loneliness, silence, but also imagination, dreams, and ghosts. A photography becomes twice as interesting when it makes you go beyond its borders.

Huit de mes photos vont être bientôt exposées sur la rue St-Joseph dans le cadre du Carrefour International de Théâtre à Québec. Sébastien Dionne, scénographe responsable de la section “Noctambleu” du parcours Où vas-tu quand tu dors en marchant? (m.e.s. Frédéric Dubois et cie) , m’a engagé pour créer huit images en lien avec le thème du secret et des tabous. Un projet très inspirant qui me permet d’explorer la photographie peut-être d’une façon plus artistique et personnelle. Un grand merci à Sébastien pour sa confiance. Les photos ont été réalisées avec l’aide précieuse de Sophie Rochefort et Anne-Julie Royer. Voici une des huit images en guise d’aperçu. Les images finales auront 18 pouces par 18 pouces et seront imprimées sur support lumineux. J’ai bien hâte de voir le résultat.

Eight of my photos will soon be showcased on St-Joseph Street, Quebec city, during the Carrefour International de Théâtre in Québec City. I was hired by Sébastien Dionne, scenographer and chief designer of the “Noctambleu” section of Où vas-tu quand tu dors en marchant? (Frédéric Dubois and his team). A very inspiring project that allows me to explore a more artistic and personnal way of making pictures. Thanks to Sebastien for this wonderful opportunity and thanks to Sophie Rochefort and Anne-Julie Royer for their help. Here is one the eight pictures as a preview. The final pictures will be 18 inces by 18 inches, printed on illuminated material. I can’t wait to see the final result.